Sol Vivant Méditerranée et GuaTecs s’associent autour de la culture du guayule
Après trois années consécutives de sécheresse (2022-2024) et une intensification des périodes de stress hydrique et thermique, l’agriculture des Pyrénées-Orientales doit se réinventer. Une dynamique de transition est indispensable, qu’il s’agisse des modes de production, des types de culture ou des pratiques culturales.
C’est dans ce contexte que Sol Vivant Méditerranée (SVM) et l’entreprise GuaTecs, ont engagé un partenariat autour d’une expérimentation agroécologique originale : la culture du guayule en agroforesterie intraparcellaire.
Le guayule, une plante d’avenir
Le guayule est un arbuste originaire des zones semi-arides du désert de Chihuahua, à la frontière entre les Etats Unis et le Mexique. Il produit un latex naturel, non allergisant et performant pour une utilisation industrielle, offrant une alternative commerciale au latex d’hévéa.
Sa rusticité et sa résistance à la sécheresse en font une culture particulièrement intéressante à étudier dans les conditions climatiques de plus en plus contraignantes du pourtour méditerranéen.
Une culture déjà testée en France, mais une approche différente
Le guayule n’est pas totalement inconnu en France. À la suite des travaux de recherche menés par le CIRAD (Centre de Coopération en Recherche Agronomique pour le Développement), à partir de 2008. La start-up GuaTecs a déjà planté plusieurs hectares de parcelles expérimentales, notamment autour de Montpellier, selon des modalités de monoculture conventionnelle. L'expertise de GuaTecs couvre l'aval de la chaine de production (extraction et formulation du latex adapté à chaque application).
Dans le cadre d’un partenariat, SVM souhaite aller plus loin et étudier la faisabilité et la viabilité de la culture du guayule selon des modalités agroécologiques et agroforestières.

En effet, le guayule a développé des mécanismes de limitation de sa transpiration pour survivre au manque d’eau. Or, la transpiration des végétaux peut jouer un rôle dans le cycle de l’eau à l’échelle régionale ou locale. Dès lors, il semble pertinent de s’interroger sur l’impact potentiel d’une mise en culture de manière intensive d’une plante adaptée aux climats semi-arides, caractérisée par une faible transpiration.
Dans un territoire déjà fortement fragilisé par le changement climatique, il nous semble indispensable d’anticiper les effets aggravants même minimes que pourraient avoir de nouveaux systèmes de culture sur les équilibres écologiques et climatiques locaux.
Dans cette perspective, associer l’arbre à la culture du guayule et travailler sur la santé et la fertilité des sols nous semblent constituer deux axes de travail essentiels.
Une expérimentation en plein champ, en préfiguration d’une filière locale
Notre projet expérimental s’est développé sur une ancienne parcelle viticole de 0,75 hectare, située sur la commune d’Opoul-Périllos.
Le projet a été mis en œuvre dans une logique d’agroforesterie intraparcellaire : une ligne d’amandiers et de caroubiers sera implantée au centre de la parcelle de guayule, elle-même bordée de haies champêtres.
Au-delà des enjeux agronomiques et environnementaux, ce système représente également une opportunité de diversification pour l’agriculteur à l’initiative du projet. Le guayule sera exploité après 2 à 3 ans, alors qu’il lui faudra de 5 à 6 ans pour la récolte d’amandier et de 7 à 12 ans pour un caroubier.
L’expérimentation, menée dans le cadre de notre GIEE Agroforesterie, est engagée pour une durée de quatre ans, de 2026 à 2030.
Elle résulte du rapprochement et de la coopération de trois partenaires :
- L’exploitation agricole membre de SVM, qui a mis la parcelle à disposition, l’a préparée et a réalisé la plantation. Elle assure l’entretien et le suivi de la culture tout au long de l’expérimentation ;
- GuaTecs, qui fournit les plants de guayule et apporte ses recommandations techniques sur la conduite et le suivi de la culture. L’entreprise souhaite contribuer à la structuration d’une filière guayule en Occitanie.
- Sol Vivant Méditerranée, qui a conçu le protocole agroforestier, accompagne l’agriculteur au quotidien et assure, en partenariat avec les équipes de GuaTecs, le suivi scientifique de l’essai : analyses de sol, indicateurs de croissance, suivi des interactions entre les différentes composantes de la parcelle et évaluation des résultats.
Une première étape vers une filière guayule locale
Au-delà de l’essai agronomique, cette collaboration s’inscrit dans une démarche plus large : explorer la viabilité d’une filière guayule à l’échelle du département et de la région.
L’enjeu est d’évaluer si cette culture peut constituer une opportunité de diversification pour certaines exploitations agricoles tout en répondant, à son échelle, aux défis posés par le changement climatique.
Les enseignements tirés de cette expérimentation — résistance et développement des plants, comportement du guayule en système agroforestier, évolution des sols et qualité de la biomasse récoltée — seront partagés entre les partenaires et contribueront à nourrir les réflexions sur le développement futur de cette culture en Occitanie.
Cette expérimentation constitue une première étape: pendant quatre ans, nous allons observer, mesurer et apprendre pour déterminer si le guayule peut trouver sa place dans les systèmes agricoles méditerranéens de demain.